Pauvre « Monsieur Chocolat »

La perspective d’un grand film sur le clown Chocolat a stimulé les ardeurs d’un certain nombre d’auteurs et d’éditeurs. Les ouvrages qui paraissent ces jours-ci sur lui puisent tous abondamment dans la documentation et les recherches que nous avons publiées depuis six ans sur cet artiste. C’est la loi du genre et nous ne sommes pas dépositaires de la mémoire du clown Chocolat. Néanmoins, il n’est pas possible de garder le silence face aux erreurs grossières que contiennent certains de ces livres. Par exemple, dans un ouvrage de Benedicte Rivière, illustré par Bruno Pilorget (édition Rue du Monde), intitulé « Monsieur Chocolat » – livre qui est accompagné d’un dossier pédagogique – l’auteure affirme que Rafael est né « au milieu d’un champ de cannes à sucre », alors qu’il est né à La Havane. Elle affirme qu’à la fin du XIXe siècle, tous les Noirs étaient esclaves à Cuba, alors que plus de la moitié d’entre eux étaient des Noirs libres. L’ouvrage nous présente les parents de Rafael alors qu’il était orphelin. Le négociant qui l’ acheté est désigné comme un « Portugais » alors qu’il était espagnol. Le directeur du cirque où Rafael a été recruté s’appelle Agoust dans ce livre, alors que dans la réalité il se nommait Joseph Oller. Marie Hecquet, la compagne de Rafael, est présentée comme une « chanteuse » alors qu’elle était secrétaire. Plus grave pour un ouvrage qui prétend combattre le racisme, il est dit que Rafael a lui-même « choisi » de s’appeler Chocolat, alors que c’était une insulte largement répandue en France pour stigmatiser les Noirs.

Bref. Tout le monde a le droit d’inventer des récits fictifs, mais pas de les présenter comme des vérités historiques. Ce n’est pas correct à l’égard du jeune public auquel est destiné ce livre.