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Témoignages de spectateurs

Jean Cocteau

né à Maison Laffite en 1889. Il fut un spectateur assidu du Nouveau-Cirque. Il a écrit dans ses mémoires que le duo Foottit et Chocolat « réussissait ce tour de force de plaire aussi aux grandes personnes et de leur restituer l’enfance. Par ses gros mollets nus, ses culottes à pompons, sa mèche d’étoupe blonde, son maquillage cruel, la grimace de ses lèvres sanglantes, son chapeau pointu d’où les claques faisaient sortir un nuage de farine, ses corselets de paillettes, sa voix de duchesse folle, par un mélange de bébé, de nurse et de grande dame anglaise, Foottit apportait sur la piste une atmosphère de nursery du diable ».

Il a évoqué aussi les talents de chanteur du clown Chocolat. Il assista, quand il était enfant, à une représentation de Papa Chrysanthème où l’on voyait « Chocolat rentrer de Paris en melon beige, en chantant le refrain à la mode : « Taraboumdhié, la grammaire çà me fait suer » ». Cette célèbre chanson Tha Ma Ra Boum Die avait été composée par un musicien noir de Saint Louis (Missouri) et interprétée, en 1880, par une chanteuse noire, Mama Lou, avant de franchir l’océan pour être reprise dans une comédie musicale à Londres et finir sa carrière à Paris avec de nouvelles paroles.

Julien Green

L’écrivain Julien Green, né à Paris en 1900, fut sans doute le dernier témoin de la Belle Epoque qui évoqua ce passé. « Je n’avais jamais vu que deux nègres dans ma vie : le cuisinier d’Emily et, comme tous les petits Parisiens, le Noir Chocolat qui faisait rire tout le monde dans son frac rouge, en compagnie du clown anglais Foottit. Cela me fait ressouvenir du jour où me trouvant au Nouveau-Cirque avec Maman, celle-ci se pencha vers Chocolat qui passait près de nous – nous étions au premier rang – et elle demanda au nègre de quel Etat il venait. « De Georgie, madame. – Moi aussi ! » s’écria ma mère et ils se serrèrent la main ».

Jean Nohain

Jean Nohain était le fils de Franc-Nohain, l’auteur des Mémoires de Foottit et Chocolat. Le 14 mai 1964, il publie un article dans les Nouvelles Littéraires, intitulé : « Pour une avenue Footit et Chocolat ». Chaque jeudi, ses parents l’emmenaient avec sa sœur au Nouveau-Cirque. Un jour son père lui a annoncé la grande nouvelle : « on m’a demandé d’écrire un livre sur la vie de Foottit et Chocolat. Ils viendront déjeuner demain à la maison ». Barrès, Colette, Jarry, Ravel, Allais, avaient déjà été invités dans leur petit appartement du 19 faubourg Saint-Honoré. Cependant, pour le petit Jean, ces écrivains ne représentaient rien comparés aux rois du rire. Jean Nohain poursuit son article par des propos très flatteurs : « Foottit et Chocolat ont tout inventé : ces deux personnages lunaires, cette philosophie satirique, ces ahurissements. Un ami du cinéma pourrait en tirer un beau film étonnant ».

Sur le cake-walk

Je voulais vous transmettre un passage des mémoires de ma grand-mère, à propos du Cake Walk. 
Elle évoque Eugène Dreyfus, futur Premier président de la Cour d'appel de Paris, 
dont Pierre Birnbaum parle dans "Les fous de la République" : "Oncle Eugène était 
procureur de la République et siégeait habillé de rouge avec toque d'hermine et patte d'hermine,
il avait grand air ainsi habillé ; il mesurait 1 m 90, ce qui contribuait à le rendre imposant. 
Un jour, où nous étions venus le chercher au tribunal, il nous l'avait fait visiter, 
et toujours vêtu de rouge dans la salle vide, il s'est mis à danser une danse nègre 
remuant bras et jambes et pirouettant, cette danse à la mode alors s'appelait Cake-Walk. 
Cela nuisait à sa dignité. J’en fus fâchée." 
Ariel Conte
Eugène Dreyfus public et privé