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Témoignages d’artistes ayant joué avec le clown Chocolat

Footit et Chocolat

 

Le clown Beby

a évoqué, dans ses Mémoires, le duo Foottit et Chocolat. Ce clown s’appelait Aristodemo Frediani, Fils d’un acrobate toscan qui avait créé un cirque ambulant, il décroche, en 1900, un contrat au Nouveau-Cirque avec son frère Guiglielmo (surnommé Willy), après avoir sillonné l’Europe dans une roulotte.  Beby raconte le choc que les deux frères ressentirent lorsqu’ils découvrirent cet établissement luxueux. «Nous étions émus surtout par l’aspect de la salle. Aucun de nous n’avait jamais vu un cirque aussi rutilant d’or et de lumière, rempli d’un public aussi élégant, de tant d’hommes en habit, de tant de femmes en décolleté ». Beby rappelle aussi avec admiration, dans ses mémoires, l’entente parfaite qui régnait entre Foottit et Chocolat, les deux clowns vedettes du Nouveau-Cirque. « Chocolat fournit un exemple de l’accroissement de valeur que gagnent certains hommes à certaines collaborations. Il complétait à merveille son partenaire. Tous ses gestes, toutes ses expressions de physionomie, toutes ses paroles s’adaptaient miraculeusement à ce que faisait l’autre. A eux deux, ils formaient un tout comique ». Et il ajoute : « J’ai rencontré très peu de clowns qui, comme ces deux vedettes du Nouveau-Cirque, savaient provoquer l’hilarité générale avec si peu de texte et d’accessoires. Ils avaient tellement l’habitude de jouer ensemble qu’ils savaient par d’imperceptibles mouvements, ramener dans la ligne normale leurs corps placés en équilibre excentrique ».

Beby, se souvient également qu’au cours des années 1900-1902, forts de leurs succès, Rafael et George Foottit menaient la grande vie. Il estime qu’à ce moment-là, Foottit gagnait trente mille francs par an, sans compter les cachets versés pour les soirées particulières. Les revenus de Rafael étaient inférieurs mais ils atteignaient certainement les vingt mille francs annuels, ce qui était une somme considérable à l’époque. Pourtant, les deux compères ne faisaient aucune économie. Beby se souvient que « la plus grande partie de tout cela s’en allait en fumée. Quand ils étaient sur le velours, Foottit et son complice menaient une vie de grands seigneurs. Ils allaient au pesage, sur les hippodromes, dans des cercles chics ou les accueillaient des laquais galonnés. Ils fréquentaient les thés élégants. Foottit m’y amenait quelquefois avec lui. Quand il arrivait, le maître d’hôtel s’inclinait très bas. Un bruit flatteur courait de table en table : « Foottit ! » Un Tzigane – il y avait encore des Tziganes – venait à lui, son violon sous le bras, et demandait respectueusement : « Monsieur Foottit, quel air désirez-vous ? ». Et Foottit commandait, donnait des pourboires royaux, acceptait les hommages de messieurs très bien et choisissait parmi les invitations à dîner qui s’offraient, nombreuses ».

Après 1905, malgré son déclassement, Rafael n’a pas renoncé à la passion du jeu. Beby raconta dans ses mémoires que Chocolat demandait souvent des avances à la caisse du cirque pour les dépenser à la passe anglaise. Un soir d’hiver, il lui emprunta même son pardessus parce qu’il n’en avait plus, et le perdit au jeu quelques jours plus tard.

Le clown Lavata,

un autre acrobate devenu clown, cotoya Rafael à partir de 1907-1908. Dans ses propres souvenirs, il nuança le sombre tableau de Beby, en affirmant que Chocolat fut surtout pénalisé par sa générosité. Un jour que la troupe du Cirque de Paris était réunie dans un café de la rue Duvivier, Lavata le vit se lever et enlever la pelisse qu’il portait en toute saison car il ne s’était jamais vraiment adapté au climat parisien. « Il découvrit alors aux yeux extasiés des clients une doublure sur laquelle il avait épinglé des billets de cinquante, de cent et de mille francs, depuis le col jusqu’en bas du vêtement. Ce fut une véritable ovation, une tournée générale, apéritifs sur apéritifs, puis il donna rendez-vous à tous, après le spectacle, aux Halles avec tout le personnel du cirque et des inconnus qui étaient soudain devenus ses amis ». Louis Lavata ajouta que Rafael aurait pu devenir millionnaire, mais qu’il fut victime de son insouciance et de sa générosité.